« Vie nomade et unschooling » in Grandir Autrement n°78 Vie nomade, septembre 2019

Nombre de parents que je rencontre, attirés par le unschooling, ce mode d’être et de vie, qui pour l’instruction se traduit par le fait de laisser les enfants libres de leurs activités, et ainsi d’apprendre à leur rythme ce qui les intéresse, ou encore d’apprendre, malgré eux, ce à quoi la vie les confronte, s’inquiètent de savoir si l’environnement qu’ils proposent à leurs enfants est suffisamment riche. Certains se sentent trop isolés en campagne, et ce, parfois même malgré les nombreuses rencontres proposées localement dans certaines régions denses comme l’Île-de-France. De ce fait, et aussi souvent pour d’autres raisons, certains font le choix de devenir nomades ou semi-nomades, provisoirement ou définitivement, et partent en camion, en voiture, à vélo ou même à pied à la découverte du monde, des gens, voire d’eux-mêmes.

Tous les jeunes qui ont répondu à mon appel à témoignage pour l’article « La vie nomade vue par les enfants1 » étaient déscolarisés et s’instruisent en famille. La plupart des enfants et tous les jeunes, quelle que soit la forme de leur instruction, semblaient ravis de ne pas aller à l’école ! Pour Aran, 5 ans, n’étant jamais allé à l’école et ayant été nomade un an, c’est même « Très très très très très très bien ! ». Laura, 16 ans, ayant voyagé huit ans depuis ses 4 ans, semble plutôt d’accord : « Je pense que c’était vraiment bien et l’école ne m’a pas du tout manqué ! ». Voici quelques explications plus en détail.

« Et alors, tu ne vas pas à l’école? Comment ça se passe pour toi ? »

Une seule jeune personne sur les huit interviewées suivait des cours par correspondance. Anouck, 13 ans, ayant changé de mode de vie il y a deux ans, semble totalement satisfaite de vivre son instruction autrement : « Étant sans domicile fixe, nous faisons l’école à la maison grâce à un support, le CNED2. Le CNED nous fait parvenir les cahiers de cours consacrés à notre enseignement, du coup, j’apprends la même chose que les 5e, mais j’étudie allongée sur mon canapé ! »

La plupart des autres ne recevaient aucun, ou très peu d’enseignement imposé, la vie nomade semblant suffisamment riche pour nourrir leur curiosité et les ouvrir à de nombreux domaines de connaissances ou compétences. Milan, 13 ans, non scolarisé depuis toujours et voyageant depuis cinq ans avec sa mère, raconte : « J’apprends dans des vidéos, on fait pas trop de scolaire, mais on en fait un peu et c’est pas bien ! ». Keolys, 9 ans, parti en camping-car quand il avait 7 ans, vit en unschooling : « Je ne vais pas à l’école et je ne fais pas non plus l’école à la maison. J’apprends avec la vie, avec ce qui m’entoure, avec les documentaires et aussi avec ce que je vois avec mes yeux. Je pose des questions, j’ouvre un bouquin, j’apprends petit à petit. Il n’y a pas grand-chose à dire de plus. »

Lucie, 20 ans et ayant voyagé de 4 à 14 ans, témoigne a posteriori : « J’ai vécu en unschooling jusqu’à mes 14 ans et demi. Voyager n’était pas un problème au niveau des apprentissages, car nous n’avions pas de “cadre” à proprement parler. Nous apprenions au gré des situations nouvelles chaque jour, qu’elles soient liées au lieu dans lequel nous nous trouvions, à la culture, aux individus… Le fait d’être sans cesse face à un nouvel environnement nous poussait à vivre en harmonie avec celui-ci, donc à développer des aptitudes et compétences nouvelles (sociales, intellectuelles, culturelles…). Tout s’est toujours passé à merveille ! »

Disponibilité ?

La question de la disponibilité pour les familles IEF est souvent une grande question.

Pour Claire, 45 ans, la maman de Nino, le choix d’une vie nomade lui permettait plus de disponibilité dans la mesure où elle avait moins besoin de travailler, car les coûts lui semblaient diminués par ce mode de vie. Elle témoigne : « Ce choix de mode de vie a été aussi pour limiter les frais de vie, étant seule avec lui, il fallait réduire au maximum les charges pour pouvoir continuer de travailler le minimum… »

Quoi qu’il en soit la vie nomade oblige à une grande proximité qui simplement de ce fait peut faire ressentir une plus grande disponibilité, comme le dit Anouck : « Mes parents sont beaucoup plus disponibles et nous passons plus de temps en famille tout en découvrant de jolis petits coins ».

La vision des parents

Pour nombre de parents vivant en unschooling, les choses paraissent souvent simples et évidentes, même si par moments doutes et questionnements se posent, comme pour n’importe quel autre parent, je suppose. C’est le cas d’Eve, 34 ans, mère d’Aran : « Par rapport au unschooling, je n’ai rien à dire particulièrement, on vivait, et en vivant on découvrait et on apprenait, et c’est ce qu’on continue à faire, en sédentaire. »

Beaucoup témoignent, informellement ou formellement pour cet article des avantages de la vie nomade pour la richesse des apprentissages informels et/ou autonomes. Pour Claire, « il y a cette possibilité énorme de vivre dehors, on s’arrête essentiellement en campagne, en périphérie de villages, proche de la plage quand nous sommes à la mer, et ça lui offre la liberté d’explorer les lieux, de courir, de bouger. On vit dans un petit espace, mais le jardin est immense. Et les apprentissages autonomes permanents. On vit à la fois un quotidien comme si nous étions sédentaires : jeux de société, beaucoup de livres, BD, même s’il ne lit pas, Playmobil®, LEGO®, etc. Et en même temps, on a beaucoup de temps en extérieur, et on fait de nouvelles découvertes.

Il est encore jeune et physiquement très actif, du coup chaque lieu visité, découvert est la possibilité pour lui de vivre totalement le lieu. Je m’explique : nous sommes dans les volcans d’Auvergne, on se fait une balade, il se transforme en homme préhistorique qui part chercher du feu au centre du volcan. Il vit totalement le lieu et on a une grosse valise de déguisements pour une meilleure…. adaptation au lieu ! Après, pour ma part, l’isolement que nous vivons à certaines périodes, car pas de rencontres sur notre passage, est parfois pesant. Et je cherche actuellement à me rapprocher d’autres familles nomades ou non, mais avec des enfants en unschooling. Que l’on ait au moins un camp de base pour ensuite partir explorer. Faire peut-être plus de mi-temps nomade/sédentaire.

En tout cas, le nomadisme permet cette ouverture, cette exploration des lieux, des gens qui nous entourent et est une façon d’alimenter les apprentissages autonomes. En tout cas pour nous. »

Léticia, 43 ans, mère de Milan, 13 ans, est semi-nomade depuis cinq ans. Ils rentrent désormais deux ou trois semaines tous les trois-quatre mois. Au début ils voyageaient seulement au printemps et en été. Ils voyagent de rencontres non-sco en rencontres non-sco, des rencontres entre familles qui font le choix de ne pas être scolarisées et de festivals de jeux en festivals de jeux : Toulouse, Cannes et Parthenay. Entre temps, ils visitent la région dans laquelle ils sont. L’hiver dernier, ils ont voyagé en caravane de quatre camions avec huit enfants des Pays basques au Portugal en passant par l’Espagne. Elle témoigne : « Mon fils ne va pas à l’école, il n’est jamais allé à l’école. Il ne fait que très très peu de scolaire. Tout l’apprentissage passe par les visites de musées, notamment historiques, en ville : les cathédrales, les châteaux, et aussi bien sûr le fait de regarder des films ou des documentaires. L’apprentissage passe également par des discussions. Mon fils est présent quand je discute avec des adultes. Il attrape ce dont il a besoin au vol, parce qu’on discute de tout, de rien. […] De temps en temps je l’oblige à faire du scolaire, mais je me rends compte très rapidement que c’est totalement inintéressant. […] On apprend tellement plus, tellement mieux, avec plus d’enthousiasme quand on visite un lieu avec des bons guides passionnés […]» Elle conclut : « Le mode de vie nomade est plus riche et plus intéressant même s’il est moins confortable. On apprend tout le temps et notre vie sociale est plus riche ».

Mélissa Plavis

1 – Voir p. 48-49.

2 – Centre National d’Enseignement à Distance.

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