«La vie nomade vue par les enfants» in Grandir Autrement n°78 Vie nomade, septembre 2019

Étais-tu enthousiaste à l’idée de vivre dans un véhicule en voyageant?

La majorité des enfants que j’ai interviewés étaient enthousiastes à l’idée de partir en voyage ou de devenir nomade :

Keolys, 9 ans, parti en camping-car quand il avait 7 ans : « c’était nouveau et [ils] allaient faire le tour de France. »

Nino, 6 ans, voyageur depuis 2 ans qui « avai[t] très envie d’être nomade, d’être un peu de partout, de voyager ».

Aran, 5 ans, parti en fourgon à 3 ans, était quant à lui partagé. Il était enthousiaste, « parcequ’[ils] allai[en]t voir plein de chose et tout », mais il était aussi « pas très enthousiaste parce qu’[il] aimai[t] bien rester à Paris ».

Pia, 9 ans et nomade : « ça me faisait un petit peu peur parce que c’était bizarre, et j’avais déménagé qu’une seule fois quand j’avais 1 ans ». Elle est partie avec ses parents et sa sœur Pomme, 4 ans.

Anouck, 13 ans aujourd’hui et 11 ans au moment de leur changement de vie, était réticente : « Au début, je n’avais pas du tout envie de vivre en nomade, je n’avais pas envie de quitter mes amis et ma maison. Ça a été dur de s’adapter, j’avais l’habitude d’une grande maison et je me suis retrouvée dans un espace de vingt mètres carrés. Au final, je me suis habituée et j’ai fini par apprécier notre nouveau mode de vie. Mes parents sont beaucoup plus disponibles et nous passons plus de temps en famille tout en découvrant de jolis petits coins de France. »

Laura, allemande, 16 ans et ayant voyagé 8 ans à partir de ses 4 ans était enthousiaste, car pour elle : « C’était agréable de toujours être flexible et d’avoir la possibilité d’être à n’importe quel endroit où nous avions envie d’être. »

Lucie, 20 ans aujourd’hui : « Lorsque j’étais plus petite, nous avons beaucoup voyagé : de mes 4 ans à mes 14 ans, nous avons sillonné la France de long en large, et avons effectué deux excursions de 6 mois chacune au Maroc, en passant par l’Espagne. Nous rentrions à la maison pour repartir quelques jours ou semaines plus tard, à la découverte de nouveaux endroits et à la rencontre de nouvelles personnes. Nous voyagions à 6. » Elle ne se souvient pas si elle était enthousiaste ou non : « Mh… j’étais trop petite pour me souvenir de mon enthousiasme ou non à l’idée d’une vie semi-nomade, mais je dirais que oui ! Je pense que j’avais déjà cette petite flamme vagabonde à l’intérieur de moi. Aujourd’hui, je répondrais qu’il n’y a rien de plus excitant que de partir à l’aventure ; je suppose que cette idée ne m’a jamais quittée… »

Parfois tu voyages avec d’autres familles? D’autres enfants?

Aran : « J’allais voir d’autres enfants en France et en Espagne, mais ils voyageaient pas »

Nino : « On a fait un voyage avec une famille dont le fils est mon meilleurs copain, que j’ai rencontré à la mer. »

Keolys : « Oui et c’était marrant. J’aurais aimé que ce soit plus long, mais il faut du changement sinon à quoi bon vivre si tout les jours c’est pareil ?»

Pia : « J’ai encore jamais voyagé avec d’autres enfants, mais on a un gros réseau sur Toulouse et on y retourne souvent. »

Milan, 13 ans, voyageant depuis 5 ans avec sa mère en fourgon dit qu’il voyage régulièrement avec d’autres enfants.

Lucie : « C’est arrivé très souvent que nous voyagions avec d’autres familles, chacune ayant son camion et donc son propre espace. La plupart du temps, on s’arrangeait pour être dans le camion des copains, c’était un véritable méli-mélo. »

Et quand il pleut, ça se passe comment? Qu’aimes-tu le moins ?

Aran : « Très bien. Quand c’est l’orage on regarde des films. »

Nino : « Quand il fait mauvais je reste dedans, et je fais des jeux. Des fois je regarde un film, et on sort quand même. »

Pia : « Ça dépend, parfois on regarde un film et ça se passe plutôt bien, mais on évite quand même la pluie, on va dans des endroits ou il fait chaud, en Espagne par exemple. »

Pomme : « Je regarde des films, parfois en mangeant et après je fais autre chose dans le camping-car. »

Keolys : « On fait avec ! Il y a du bruit dans le camping-car, je joue aux Lego ou je regarde un film, ou je vais dehors ou je fais plein d’autres choses. »

Anouck, 13 ans : « Par temps de pluie je ne m’ennuie jamais, j’adore lire et même quand il fait beau je ne vais pas forcément dehors. »

Laura : « Parfois, je me sentais un peu seule quand nous nous posions pour la nuit et qu’il n’était pas assez tard pour dormir et trop tard pour faire quelque chose de sympathique. »

Lucie « Selon l’humeur, on enfilait nos maillots de bain pour aller danser sous la pluie ; ou bien on dessinait à l’intérieur, sages comme des images bien sûr. »

Aucun des jeunes ne m’a répondu que la pluie était un problème. Ce que Milan aime le moins est : « la vaisselle !»  Et il semble que les souvenirs de Lucie le rejoignent pour le pire à vivre en voyage en camion : « C’était parfois compliqué de vivre à 6 dans six mètres carrés, même si au fond nous adorions ça. Et la vaisselle quand il n’y a pas de point d’eau à proximité : l’enfer sur terre ! ». Pour Keolys « les longues heures de route » étaient le plus difficile. Et Nino « [N]’aime pas quand [il] bouge tous les jours, parce-qu[’ il n’a] pas eu le temps de profiter de [l’]endroit »

Quel est ton espace préféré?

Aran : « Le salon du camion. »

Nino : « Le lit dans la capucine, je peux manger dedans, faire des jeux, y ranger des livres, et aussi dormir… on peut faire pleins de trucs dans un lit! »

Keolys : « Ma chambre et le monde dehors et la nature. »

Pia : « Mon lit . »

Pomme : « J’aime bien mon lit »

Milan : « La forêt. »

Laura : « Probablement le lit »

Lucie : « J’aimais beaucoup ma couchette, à l’arrière du camion, car c’était mon espace à moi. Je cachais tous mes trésors (cailloux, morceaux de verre polis par les vagues, plumes, billes, petites noix magiques…) dans un petit rangement secret, en dessous du rangement visible dans lequel se trouvaient mes livres et autres bidouilles. Cela dit, j’appréciais aussi l’espace central (lieu de vie familiale) et la cabine avant (nous nous transformions souvent en pilotes expertes mes sœurs et moi, Schumacher n’avait qu’a bien se tenir). »

Y a des toilettes dans ton camion ? Une douche ?

Aran : « Y’a une douche un peu, à l’extérieur : on va dehors », et sa maman de préciser : « une douche solaire qu’on peut accrocher à la porte du camion à l’extérieur. »

Pia : « On a une douche, mais on n’a pas beaucoup d’eau. On n’a que 160 litres. En plus faut vider la cuve et parfois c’est un peu compliqué. On va plutôt chez des copains ou dans des campings »

Nino : « On a des toilettes sèches et une douche qui sert aussi de placard, je m’en sers pas souvent. Je me douche plutôt dans les douches des gens qu’on visite et qui ont une maison. »

Keolys : « Des toilettes, une salle de bain, y a tout, mais pas de baignoire. On fait une douche, et on remplit le camping-car d’eau avec des bornes faites exprès. Des fois c’est gratuit, des fois c’est payant. Pour les toilettes on met de la bouillie bordelaise et on la vide quand c’est plein au truc de camping-car. »

Laura : « Quand nous étions dans la nature, nous allions dans la forêt avec une pelle. Et sinon, nous allions dans des parkings où il y a des toilettes ou encore chez des amis. L’été sur notre terrain, nous allions nous laver au lac. Autrement nous allions chez des amis. »

Lucie : « De base, il y avait une cabine de douche avec toilettes et rangement en plastique : que nous avons remplacé par des étagères en bois et toilettes sèches. Bien plus esthétique et économique ! Prendre une douche dans le camion fait partie des souvenirs les plus « roots » que j’ai : faire bouillir de l’eau, la mettre dans la bassine, utiliser à la fois cette eau et l’eau de la douche, faire attention à ce qu’il y en ait pour tout le monde, faire attention aux étagères remplies juste à côté, ne pas éclabousser dans tous les sens… tout ça en moins de dix minutes, dans 50cm2. C’était génial ! Pour les toilettes, rien de plus simple que des anciens de pots de chambre et qu’un sceau de sciure. Quand ils sont bien utilisés, les toilettes sèches ne sont ni odorantes ni sales. Pour les vider, on remercie papa et pachamama. »

Si tu as connu les deux modes de vie, sédentaire et nomade, y en a-t-il un que tu préfères?

Les avis semblent totalement partagés ! Si certain.e.s apprécient les deux, d’autres préfèrent la vie sédentaire. Il existe peut-être aussi une question de besoins divers en fonction des âges, qui feraient varier les réponses, le besoin du moment, le fait d’avoir voyagé longtemps ou pas au moment de considérer les questions également.

Pomme : « J’aime bien avoir une maison, mais j’aime bien avoir les deux »

Nino : « Je préférai la période où nous étions en yourte cet hiver quelques mois, et où papa venait nous voir. Mais j’aime être à la fois dans une yourte, et être nomade quand papa est là pour qu’on soit tous ensemble. C’est chouette de pouvoir rencontrer des nouveaux copains, à qui j’aimerai présenter mes autres amis… J’ai envie de continuer à vivre en camping car. »

Keolys : « J’aime les deux »

Laura: « Pas vraiment. Je pense que chacun d’entre eux a ses avantages et ça dépend de là où on en est dans notre vie. Par exemple, j’aimerais désormais faire une formation professionnelle, c’est donc chouette d’être sédentaire. »

Milan: « Sédentaire c’est bien, je préfère, car quand on voyage, on voyage beaucoup, j’aime rester à la maison pour faire de l’ordinateur et dans le camion c’est pas pratique, faut sortir l’ordi, faut une BD pour la souris, faut brancher la box, demander à maman de donner la carte sim pour la mettre dans la box, faut installer tout l’ordi, alors qu’à la maison tout est installé et c’est plus confortable : j’ai un siège de bureau, c’est plat, et si je bouge je ne fais pas bouger toute l’installation! »

Lucie: « Pour moi, les deux sont réellement complémentaires. De ma vie nomade, j’ai pu expérimenter la découverte perpétuelle, le sentiment de liberté, et tout un tas d’autres choses liées à cela. […] Aujourd’hui, je suis satisfaite de ma vie sédentaire, car j’ai repris mes études et cela m’offre un cadre propice pour mettre des choses en place de façon « plus » calme. Mais sans tous nos voyages, je n’aurais peut-être pas la même ouverture sur le monde, je ne serais peut-être pas éveillée de la même façon, je n’aurais pas les mêmes souvenirs merveilleux, nous n’aurions peut-être pas les mêmes liens familiaux qu’aujourd’hui… si c’était à refaire, je ne changerais rien. »

Mélissa Plavis

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