« Les doulas du point de vue des mères » in Grandir Autrement n°68 Sages-femmes et doulas, janvier 2018

Vous avez entendu parler des doulas ? Vous ne comprenez pas quel est leur rôle et vous ne savez pas si la présence d’une doula à vos côtés lors de votre grossesse, naissance et dans les premiers temps de vie de votre bébé est nécessaire, ni à quoi elle pourrait vous être utile ? Je vous propose ici de découvrir deux témoignages de femmes ayant eu recours à une doula. Leurs histoires sont à la fois similaires et différentes. Hélène a accouché à domicile avec une doula et Bérengère en maternité, où elle a vécu deux accouchements par voie basse ainsi qu’une césarienne accompagnée. Ces témoignages vous permettront de vous faire une idée de ce que peut concrètement signifier « avoir une doula ». Peut-être aurez-vous alors envie de rencontrer des doulas proches de chez vous?

Hélène est mère de trois enfants. Elle a souhaité avoir une doula pour son deuxième enfant. Bien qu’elle eu envie d’un accouchement à domicile pour la naissance de son premier enfant, elle ne savait pas vraiment à l’époque que cela se faisait et elle n’avait pas confiance en elle. Elle s’est donc orientée pour cette grossesse vers un suivi « classique » chez une généraliste puis elle a accouché à l’hôpital public. Son premier enfant est né assez vite, sans complications, mais la péridurale lui a laissé un goût amer. Elle a vécu le séjour en maternité comme un enfer : elle s’est sentie infantilisée. Quand la question s’est posée pour elle d’avoir un second enfant, elle a de suite voulu accoucher à domicile. Elle savait désormais que c’était possible grâce aux rencontres qu’elle avait faites avec son aîné (monitrices de portage, accompagnant-e-s en périnatalité, etc.). Hélène connaissait déjà sa doula et savait qu’elle serait précieuse pour elle et son mari à la fois pour la grossesse et pour l’accouchement. Elle ne souhaitait pas se retrouver seulement avec sa sage-femme, elle sentait qu’elle avait besoin de plus. Elle avait rencontré sa doula dans un salon et s’était de suite bien entendue avec elle. Elle l’a connaissait depuis deux ans lorsqu’elle est tombée enceinte de son deuxième enfant.

Bérengère, quant à elle, est mère de quatre garçons tous nés à la maternité. Pour son aîné elle a eu ce qu’elle appelle un pack accouchement classique de primipare: déclenchement à 39 semaines d’aménorrhée, travail qui stagne, personnel peu accueillant, voire agressif, syntocinon, péridurale, rupture artificielle des membranes, menace de césarienne, très grosse épisiotomie et séparation d’avec son bébé à la naissance. Elle garda un goût très, très amer de cet accouchement1. Pour Bérengère, ce n’était vraiment pas possible qu’un accouchement puisse se passer comme cela. Elle a alors commencé à faire des recherches portant d’abord sur l’accouchement à domicile, puis elle est tombée sur un article sur les doulas et c’est alors qu’elle réalisa que c’est ce dont elle aurait eu besoin pour sa première grossesse et qu’elle aimerait de tout cœur avoir une doula à ses côtés si elle devait avoir un autre enfant. Et elle en eut trois autres…avec une doula !

Pendant la grossesse

La doula tant rêvée de Bérengère était donc à ses côtés pour sa deuxième grossesse.Elle l’a accompagné tout au long de la grossesse alors que Bérengère vivait seule, le papa l’ayant quitté. Bérengère dit qu’elle a été « son phare » tout au long de cette grossesse. Bérengère devait déménager et donc aussi retrouver des personnes pour suivre sa grossesse médicalement parlant. Elle avait alors énormément besoin de la présence d’une doula pour pouvoir répondre à ses peurs et à sa solitude. Pour son troisième enfant, elle ne se sentait pas forcément le besoin d’une doula pour la grossesse : tout se passait très bien. Elle n’avait pas trop de questions. Son mari était à ses côtés. Il s’agissait pour lui d’un premier enfant. Bérengère pense a posteriori qu’avoir eu une doula malgré tout à leurs côtés auraient été peut-être pertinent pour lui, mais elle se sentait suffisamment bien accompagnée par sa sage-femme qui la suivait pour un second projet d’AAD1. Finalement, la relation avec sa doula ne s’est concrétisée que vers le neuvième mois de grossesse, portée par une petite voix qui lui disait que ce serait bien d’avoir une doula à leurs côtés le jour J. Ayant dépassé le terme, le projet d’AAD n’a pu se concrétiser. L’accouchement a été déclenché et a fini en césarienne accompagné par sa doula.

Pour sa quatrième grossesse, ils ont fait refait appel à cette même doula. Elles se sont revues plus fréquemment que pour la grossesse précédente, car Bérengère avait beaucoup de questions cette fois et un grand besoin de parler dû au traumatisme de la naissance précédente. Sa doula a su la rassurer et lui permettre de reprendre confiance en elle. Elle lui a changé les idées quand le même schéma semblait se profiler avec un nouveau dépassement de terme, bébé en siège. Pour cette grossesse, sa doula l’a accompagnée aux rendez-vous médicaux de fin de grossesse. Elles ont beaucoup marché ensemble et pris l’air jusqu’à ce que le travail se mette enfin en route.

Quant à Hélène, sa doula l’a surtout (et énormément) soutenue les jours précédant la naissance. Elle lui parlaiténormément via messagerie instantanée, à distance. Hélène en avait vraiment besoin : sa doula la rassurait, l’orientait, et la préparait aussi en quelque sorte.Hélène lui confiait ses sensations et ses émotions : sa fatigue, ses peurs. Hélène, qui ressentait le besoin de laisser sa sage-femme se concentrer sur les autres mamans suivies et plus proches de leur terme, était plus à l’aise pour parler avec sa doula juste au moment où elle en avait besoin4.

Être accompagné en AAD

Hélène pense que sa sage-femme et sa doula ont vraiment été complémentaires. Pour son accouchement, sa doula est arrivée chez elle rapidement et elle a su la détendre et la faire rire en attendant que la sage-femme, qui tardait, arrive. Cette situation semblait assez stressante pour son mari, mais sa doula a su l’apaiser et faire tampon entre elle et le stress de son mari pour permettre à Hélène de ne pas en être perturbée et rester à ses contractions et confiante en elle-même.

La naissance de son deuxième bébé a été très rapide, à peine 3h30 entre les premières contractions et la naissance. Sa sage-femme est arrivée à peine 20 minutes avant. Il était convenu entre les parents et la doula qu’elle gérerait le réveil de leur aîné le cas échéant, mais ce n’est qu’une fois que le bébé est né qu’elle a dû prendre soin de l’aîné qui était encore bien petit : elle lui a préparé un petit déjeuner pour permettre à Hélène et son mari de profiter pleinement de ces premiers instants fondamentaux avec leur bébé.

Tellement satisfaite par son duo sage-femme/doula, Hélène a décidé de choisir le même suivi et le même accompagnement pour son troisième enfant. Hélène reconnaît que, pour chaque grossesse et chaque accouchement, elle avait grand besoin de réassurance en ses capacités de femme a mettre au monde ses bébés. Là où la sage-femmela rassurait physiquement et médicalement sur le fait qu’elle et son bébé allaient bien, la doula la rassurait psychologiquement. Elle l’a soutenait dans sa capacité à se faire confiance, à écouter son corps et son bébé et soutenait également son mari. Hélène avait grand besoin de sedétacherdes inquiétudes de son mari et c’est ce qu’à également permis sa doula. La présence de la sage-femme ainsi que de la doula ont été vraiment complémentaires à la fois pendant la grossesse et pendant l’accouchement. Hélène dit avoir vraiment besoin de ces deux femmes ensemble pour assurer une forme de réassurance qu’elle n’arrivait pas à recevoir de son mari. Elle avait besoin d’une forte présence féminine qui était assurée par ces deux femmes.

Être accompagné (ou pas) à la maternité : voie basse et césarienne

Bérengère a eu une doula pour ses trois dernières grossesses. Pour son second enfant (première grossesse accompagnée par une doula), celle-ci n’a pas pu être là pour la naissance qui s’est déroulée extrêmement vite. Sa doula n’a pas pu arriver à temps. Quant à lui, le père était finalement là pour la naissance malgré la séparation. Bien que sa doula ne soit pas présente au moment de la naissance, elle a rejoint Bérengère lorsqu’elle fut envoyée seule dans une chambre. Elle l’a aidé à se laver sous la douche, à s’habiller et a bien s’installer dans la chambre et tout cela pendant que leur bébé était porté par son père. « Je crois que ça a été la plus belle douche de ma vie » dit Bérengère.

Son troisième accouchement fut déclenché en maternité pour un dépassement de terme, mais cette naissance a finalement eu lieu en césarienne d’urgence sous anesthésie générale. Bérengère a basculé du service maternité en service de chirurgie générale. Si sa doula aurait pu se dire qu’elle n’avait plus sa place et que l’urgence médicale avait pris le dessus sur la physiologie, elle est restée dans la salle d’attente pendant des heures pour avoir des nouvelles. Bérengère lui en est très reconnaissante. Pendant qu’elle se faisait recoudre, sa doula a accompagné son compagnon dans ses premiers pas de papa, notamment pour le peau à peau. Elle les a bombardés de photos et de vidéos. Elle a créé des souvenirs que Bérengère n’a pas pu vivre elle-même. Elle et sa sage-femme sont devenues gardiennes de sa mémoire pour les deux premières heures de vie de son fils. Séparée de son bébé, car en salle de réveil, son mari s’est alors retrouvé tout seul avec leur nouveau-né, ne sachant pas trop quoi en faire. Sa doula a pris soin du mari de Bérengère ainsi que de leur bébé et a fait en sorte que tous leurs vœux et ce qu’il restait du projet de naissance initial soient respectés. Elle a été présente par l’intermédiaire du téléphone quand Bérengère était en salle de réveil. Elle lui envoyait des messages et des photos pour la rassurer sur le fait que tout allait bien et que le lien se faisait entre eux. Elle a relayé le père avec « ses bras bienveillants et aimants » dit Bérengère alors qu’elle était dans l’incapacité de le faire. Pour Bérengère, sa doula a créé une bulle de sécurité affective et rassurante pendant que le personnel de la maternité, lui, leur assurait une sécurité médicale nécessaire. Bérengère insiste sur l’extraordinaire présence de sa doula.

Pour son quatrième accouchement qui a pu se dérouler de manière physiologique cette fois, la présence de sa doulafut réconfortante et juste selon Bérengère. Elle était là au moment où elle en avait besoin, chose qui n’aurait pas été évidente pour son mari s’il avait pu être là, très stressé et angoissé à l’idée d’assister à l’accouchement.

En postnatal

Les doulas peuvent aussi être (et le sont la plupart du temps) présentes après la naissance, les premiers jours ou n’importe quand si la mère ou les parents en ressentent le besoin. Certaines doulas acceptent parfois de venir après la naissance même si elles n’ont pas connu la mère avant. Le soutien est parfois aussi précieux dans ces moments-là que pendant la grossesse ou l’accouchement, surtout lors d’une première grossesse. En fonction des besoins des mères, les doulas sont, la plupart du temps, pleines de ressources pour soutenir et échanger autour de l’allaitement, le portage, le sommeil, etc. Et en cas de besoin, elles peuvent orienter les parents vers des groupes de paroles ou personnes ressources au sein de leur réseau.

Après le deuxième accouchement de Bérengère, la présence de sa doula lors de son retour à la maison fut salvateur. Elles ont pu reparler des vécus de chacun, père et mère, qui s’étaient avérés assez différents. Le lien entre eux a été facilité par sa doula. Elle a écouté et réécouté l’histoire qu’elle avait déjà entendue par bribes avec patience et bienveillance et a su accueillir en pudeur les larmes quand elles s’invitaient discrètement dans la conversation. Elle venait même parfois avec des repas tout faits pour que Bérengère et son mari n’aient pas à s’en préoccuper. Sa présence a été aussi très importante après la naissance par césarienne, à cause du choc post-traumatique. Elle a vécu les premiers moments de son fils « à sa place » dit Bérengère. Le fait qu’elle ait pu les lui raconter encore et encore a permis aux blessures de Bérengère de guérir.

Bérengère ne sait pas si elle aura un autre enfant, mais il est évident pour elle, que si nouvelle grossesse il y a, une doula sera de nouveau présente à leur côté, parce qu’elle offre l’espace de parole nécessaire en dehors du cadre médical, l’attention, l’écoute, les rires, et même parfois l’énergie pour bouger et sortir prendre l’air ! De plus, elle a le recul nécessaire pour dédramatiser les choses ce qui dans certaines situations est vraiment appréciable !

Mélissa Plavis

1 – https://doulas.info/annuaire/

2 – Bérengère et Hélène ont utilisé la même expression

3 – Accouchement À Domicile

4 – On retrouve ce « ne pas oser » dans l’article de ce même dossier : « Les sages-femmes à l’épreuve des doulas ».

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