« Point de vue des hommes sur la contraception naturelle » in Grandir Autrement n°58 La santé des garçons, mai 2016

La contraception naturelle est avant tout une méthode de planning familial qui consiste à connaître la fécondité de son couple en associant connaissances scientifiques et observations quotidiennes pour adopter, à deux, un comportement adapté à son souhait de grossesse ou pas. Il s’agit de combiner les indices pour une fiabilité élevée. Sont pris en compte : durée de vie des gamètes, fonctionnement hormonal du cycle féminin, calcul calendaire, température, glaire cervicale, dureté du col.

Entre choix féminin et projet de couple

La plupart des hommes que j’ai rencontrés ont connu les méthodes naturelles parce que leur compagne les pratiquait avant leur rencontre. Ils ont chacun à leur manière souhaité respecter leur choix.
Thierry expérimente la contraception naturelle depuis huit ans avec sa compagne, au sein d’une famille recomposée de 5 enfants : « la question de la contraception naturelle s’est invitée tout naturellement dès le début de notre relation : ma compagne la pratiquait déjà depuis plusieurs années ». C’est également le cas de Swen, en couple sans enfant et de Stéphane père de 3 enfants. Ce dernier ne s’est d’abord pas posé de question puisque l’utilisation du préservatif était requise en début de relation. La prise de conscience s’est faite lorsque sa compagne lui « a expliqué pourquoi elle ne souhaitait pas prendre la pilule : « tromper » son corps avec des hormones de synthèse qui sont des produits chimiques, suivre son cycle naturellement, le connaître et s’y adapter ».
Bien que le choix de la contraception naturelle soit souvent d’abord féminin, il semble qu’il s’agisse malgré tout, la plupart du temps, d’un projet de couple où l’homme s’implique nécessairement en s’engageant dans cette aventure aux côtés de sa compagne. Le choix individuel devient alors à chaque fois un choix de couple parce qu’il est entendu, accepté, puis soutenu par l’homme. La responsabilité incombe à chaque partenaire et pas seulement à l’un ou l’autre. Thierry témoigne : « Ma compagne a eu à cœur de faire de la pratique de cette méthode un projet de couple. Je dois dire que je n’ai pas eu trop de difficultés à la suivre dans cette démarche, ayant toujours considéré la contraception comme une question à discuter à deux, au sein du couple, et certainement pas que c’était à la femme d’en porter toute la responsabilité. »

En pratique

« Nous voilà lancés dans l’aventure… un thermomètre au centième, l’observation des glaires, le toucher du col, les graphiques…pfouh ! Passionnant ! […] [M]e voici invité au cœur du mystère féminin, rien de moins ! » dit Thierry. Swen, dans le même sens, exprime le fait que l’observation du cycle de sa compagne lui a permis de comprendre son cycle sans que cela n’enlève quoi que ce soit à sa magie féminine. De plus, selon lui, la contraception naturelle invite à encore plus de communication dans le couple.
« Au début, oui, j’ai eu peur. Peur principalement de l’abstinence forcée à certains moments » nous confie Thierry, « je suppose que je ne suis pas le seul homme dans ce cas, je subodore même que cela doit être le principal obstacle chez les hommes pour adopter la méthode ». Pourtant l’abstinence n’est pas nécessaire.
En effet, pendant la période fertile, certains utilisent la méthode du coït interrompu. Il est important de savoir que si cette technique est valable pour certains couples, elle peut ne pas l’être pour d’autres. Il est possible que du liquide séminal contenant des spermatozoïdes s’écoule avant l’éjaculation et provoque une grossesse : prudence donc. Pour Stéphane, « c’est sûr, se retirer juste avant l’éjaculation n’est pas toujours chose facile, mais il est toujours possible dans la quête de sensation d’utiliser des préservatifs ». En effet, d’autres utilisent des méthodes de contraceptions mécaniques lors de ces périodes pour ne pas se sentir frustrés : préservatifs masculins ou féminins, diaphragme, etc.
Si les femmes sont les principales concernées dans l’observation des signes indicateurs des périodes de fertilité ou d’infertilité, les hommes n’en sont pas écartés. D’abord ils peuvent constater nombres d’indices chez leur compagne et faire des recoupements selon Swen : humeurs, libido, etc. Stéphane ajoute : « quand on commence à bien se connaître, d’autres facteurs se « lisent » facilement, la dureté du col de l’utérus par exemple, qu’on peut sentir lors des rapports […]. Pas simple de toujours y faire attention, mais ça finit par se faire naturellement ». De plus, les hommes finissent par savoir où leur compagne en est dans son cycle, soit à force de suivre leur graphique (pour les méthodes Sensiplan1 et anglaise), soit à force de discussion pour ceux qui n’utilisent pas de méthode en particulier, à proprement parler. Ils apprennent aussi à suivre leur libido. Elle est souvent plus forte un peu avant et/ou au moment de l’ovulation. Elle est un des indicateurs de période fertile (même si la libido ne s’y réduit absolument pas).

De nombreux avantages à l’utilisation de cette « méthode »

Si Thierry conçoit que la pilule a participé à la libération des femmes, avec le recul, « une femme sous pilule [lui] semble chimiquement rabotée ». Il interroge : « Quid des humeurs changeantes, de la variation de la libido et des autres manifestations du cycle qui, sans je pense disparaître complètement sous pilule, s’en trouvent considérablement amoindries ? D’aucuns, je n’en doute pas, s’en réjouiraient plutôt… à qui le « crime » profite-t-il vraiment ? Je me hasarderai à formuler l’hypothèse que la pilule vient bien à propos renforcer la façon, il faut bien le dire, un peu paternaliste dont la femme est considérée dans nos sociétés. À choisir, je préfère ma femme en version non censurée, merci beaucoup ! »
Selon lui, la méthode naturelle permet d’être en relation avec sa compagne de manière bien plus intime. Il dit se sentir invité à participer à quelque chose qui l’a toujours dépassé, et qui reste hors de portée de beaucoup d’hommes et qui pourtant est à la source de nos vies . « Une fois bien assimilée et pratiquée convenablement, [elle] donne une sensation de confiance et de fiabilité. Pourquoi cela ? Parce qu’elle se base sur la compréhension de la nature de la femme (de celle de l’homme aussi d’ailleurs). Cette compréhension est sans cesse validée par l’observation de signes concrets : on est au cœur de l’action »
Stéphane raconte : « Quand on a voulu faire notre premier enfant […] il n’y a pas eu de coup d’essai, le soir où on a eu un rapport, elle savait que c’était le moment, et elle a effectivement confirmé rapidement qu’elle était enceinte ». La contraception naturelle est d’abord une méthode de planning familial avant d’être une méthode de contraception. En apprenant à connaître sa propre fécondité, ainsi que celle de son ou sa partenaire, il est aussi possible de faciliter la venue d’un enfant. Pour certains cela ne sera pas aussi simple, bien évidemment ; toutefois les méthodes de connaissance de sa fécondité peuvent aider les couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfants.
Pour Swen, les méthodes hormonales, chimiques voire mécaniques, sont envahissantes et aliénantes dans la mesure on ne sait pas qui les produits, on a besoin de quelqu’un pour les installer ou les prescrire et on doit les acheter, et donc les payer. Elles mettent en péril notre autonomie. De plus elles sont néfastes pour notre santé et pour l’environnement. Si elles impliquent directement les femmes en perturbant leur système hormonal, elles impliquent la santé de tous les autres, hommes, enfants et animaux puisqu’elles polluent. Les œstrogènes de synthèse sont présents dans l’eau dans la mesure où elles résistent aux traitements successifs des stations d’épuration. Les méthodes naturelles, parce qu’elles permettent de comprendre les physiologies des hommes, des femmes et de la reproduction, responsabilisent chacun-e et ainsi permettent plus de liberté pour tou-te-s.

Mélissa Plavis

1 www.pfn.be