« Les perturbateurs endocriniens et la fertilité masculine » in Grandir Autrement n°58 La santé des garçons, mai 2016
Les perturbateurs endocriniens et la fertilité masculine

Les perturbateurs endocriniens sont des leurres hormonaux, des molécules que notre organisme confond avec les hormones naturelles. Ces substances chimiques, naturelles ou synthétiques, ont des effets néfastes sur la santé et notamment sur la fertilité masculine. Les perturbateurs endocriniens sont présents partout dans notre environnement hyper industrialisé : de notre alimentation et l’eau que nous buvons, à nos objets de consommation comme nos télévisons, nos ordinateurs, en passant par nos meubles, nos draps, nos peintures murales, ou encore les jouets de nos enfants.

L’observation d’anormalités du système reproducteur chez certains animaux  (rétrécissement du pénis des alligators, féminisation des poissons) a ouvert la question de leur possible dangerosité. Chez les humains, l’augmentation des malformations génitales à la naissance, la diminution de la production de spermatozoïdes et l’explosion des cancers des testicules associés à leur survenue rapide semblent indiquer et confirmer une cause environnementale plutôt que génétique.
Les perturbateurs endocriniens sont des reprotoxiques, c’est-à-dire des substances toxiques pour la reproduction. Ils mettent en péril fécondité et/ou fertilité. Ils affaiblissent notre capacité de reproduction et notre capacité à produire une descendance viable. Ils agissent sur différents modes : soit ils miment nos hormones, soit ils bloquent leur production, soit ils perturbent le système hormonal. Ils ont des effets directs sur le système reproducteur et les gonades, soit les organes reproducteurs, mais peuvent également impacter le comportement ne permettant plus la reproduction. D’autre part les reprotoxiques sont embryotoxiques et tératogènes : ils nuisent à l’embryon et au fœtus en induisant des malformations des organes génitaux.
Ils ont des effets importants et irréversibles même en petite quantité : ce n’est plus seulement la dose qui fait le poison ! Les questions de seuil de dangerosité semblent non pertinentes. De plus, les effets dit « cocktails », peu ou pas étudiés pour le moment, pourraient nous réserver des surprises.

De nombreuses substances incriminées

Le bisphénol A mime les hormones féminines. Bien qu’il ait été interdit dans les biberons en 2011, il reste présent dans les jouets en plastique tels que les poupées. Si nous avons tous entendu parler du bisphénol A, d’autres perturbateurs endocriniens sont moins connus.
Les phtalates, notamment présents dans les jouets en plastique, sont particulièrement mauvais pour les garçons. Ils sont délétères dans la mise en place du potentiel reproducteur masculin. Ils participent de la disparition des cellules germinales fœtales qui sont les précurseurs des spermatozoïdes. Les phtalates sont donc responsables de leur diminution en qualité et en quantité. De plus, ils inhibent la production de testostérone, l’hormone masculine par excellence. Ils seraient également responsables de la réduction des testicules. Si les jouets en plastique sont spécifiquement imprégnés de perturbateurs hormonaux, les jouets en bois n’en sont pas indemnes. En effet, le formaldéhyde, un composé organique volatil, est un gaz présent dans certains jouets en bois pouvant provoquer des pathologies asthmatiques et des sensibilités allergiques.
Les résidus de pesticides, nombreux dans notre alimentation du fait de l’hyper industrialisation de notre agriculture, causent également de nombreux troubles.
Pour terminer, évoquons les formamides qui sont accusés d’être un reprotoxique présent dans les tapis de sol en mousse très utilisé dans les lieux d’accueils des jeunes enfants. Et si les retardateurs de flammes présents dans les peluches si chères à nos bambins et les métaux lourds présents dans les jouets comme les feutres, les peintures, les maquillages, les parfums, ne sont pas nécessairement des reprotoxiques, ils ont d’autres effets néfastes.

À côté des perturbateurs que nous « subissons », il y a également ceux que nous prenons ou avons pris « volontairement », par méconnaissance, défaut d’information, ou à cause de la pression sociale et de la norme. Les pilules contraceptives et autres contraceptifs hormonaux et chimiques, qui sont faits d’œstrogènes de synthèse (œstradiol), perturbent les hormones naturelles pour modifier, à dessein, le cycle physiologique féminin en empêchant les femmes d’ovuler et donc de procréer. Or, l’exemple du Distilbène, hormone synthétique prescrite aux femmes enceintes des années 50 à la fin des années 70 pour prévenir les fausses couches, les risques de prématurité et traiter les hémorragies gravidiques, a eu des effets nocifs sur leurs enfants. N’est-il donc pas légitime de penser que les contraceptifs hormonaux, bien que n’étant pas pris au cours de la grossesse, peuvent également avoir des effets sur les enfants à venir ? Qu’en est-il également des effets des micropilules que les femmes prennent pendant l’allaitement ? Quel impact sur les bébés ou bambins allaités ?

Législation et lobbies

Dans un documentaire intitulé Endoc(t)rinement, Stéphane Horel fait le point sur les perturbateurs endocriniens et leur entrée en politique. Elle montre à quel point notre santé et celle de nos enfants sont mises de côté en faveur des intérêts économiques défendus par certain-e-s. Les lobbies industriels sont particulièrement puissants. La commission Environnement du Parlement européen était en charge du dossier. Depuis 2009, elle travaillait à mettre en place une définition précise des perturbateurs endocriniens pour permettre ensuite une légifération. Malgré ses avancées, d’autres commissions plus proches des entreprises et industriels sont venues contester ses conclusions. Une étude d’impact a été commandée pour évaluer les conséquences économiques que l’interdiction de certains perturbateurs causerait sur les industriels ce qui n’a fait que retarder un peu plus le rapport qui aurait dû être rendu pour 2013, ainsi que la législation qui devait suivre. D’autre part, la mise en place du TAFTA (Trans Atlantic Free Trade Agreement) et autres traités visant à créer un accord transatlantique pour créer le plus vaste marché mondial possible, viennent ajouter une pression importante sur les représentants des citoyens qui agissent en faveur de la santé publique. En effet, il ne faudrait pas que des lois, bien que visant à protéger notre santé et nos écosystèmes, viennent empêcher le marché et la libre concurrence !

Dès aujourd’hui, nous pouvons chercher à nous préserver autant que possible des perturbateurs endocriniens, en prêtant une attention toute particulière à l’environnement des enfants et des femmes enceintes. Nous avons le pouvoir de consommer autrement. Nous pouvons manger autrement en choisissant une alimentation exempte de pesticides et engrais chimiques de synthèse. Nous pouvons nous vêtir différemment en privilégiant des matières non traitées. Nous pouvons créer des intérieurs plus sains. Préférons les produits les plus « naturels » possible et les matières nobles non traitées en évitant les produits manufacturés.
À défaut de pouvoir modifier la législation, pesons en consommant autrement et en conscience.

Mélissa Plavis