« Hygiène naturelle infantile et flux libre instinctif » in Grandir Autrement n°61 Formidables mathématiques, novembre 2016

En tant que lectrices et lecteurs de Grandir Autrement, vous avez fort probablement déjà entendu parler d’Hygiène Naturelle Infantile (HNI), ou des « bébés sans couches ». Mais avez-vous entendu parler du flux libre instinctif ou des « femmes sans couches » ?

Je vous propose ici un parallèle entre ces deux pratiques en les sortant de l’idée qu’il s’agit de retenir urine, selle ou sang, mais qu’il s’agit plutôt d’expériences de relâchement.

Communiquer avant, pendant, après

On a coutume de penser que l’HNI consiste à ne pas mettre de couches à ses enfants, or l’HNI consiste avant tout à communiquer avec son enfant sur ses besoins d’élimination. Il ne s’agit plus alors « d’attraper » urine et selles de son enfant, mais de prendre conscience :

– que nos enfants sont capables de communication fine dès leur plus jeune âge,

– que nous sommes capables de décerner ces indices lancés de manière volontaire ou involontaire,

– que nous pouvons contribuer à établir, améliorer et renforcer cette communication en y réagissant, en parlant, en faisant des propositions à son enfant ou même en le changeant.

De la même manière qu’il est possible de voir qu’un enfant veut téter bien avant qu’il ne se mette à pleurer, il est possible de voir qu’un enfant à besoin d’uriner ou d’aller à la selle, et ce dès la naissance. Il ne s’agit pas de tout comprendre tout de suite, mais de chercher à comprendre. Il ne s’agit pas d’une communication unilatérale, venant uniquement du bébé, mais d’une communication bilatérale où le parent est actif. La communication ne se fait pas nécessairement (ou uniquement) avant, mais aussi pendant ou après. Nous pouvons par exemple avoir trois types de discours, associés à différents comportements :

-Avant : « Tu t’agites (ou « tu secoues les jambes », ou « tes sourcils rougissent », etc.), j’ai l’impression que tu as besoin de faire pipi, je vais te proposer », ce tout en libérant l’enfant de ses vêtements pour l’installer dans une position confortable au-dessus d’un petit pot, d’un lavabo ou en pleine nature.

-Pendant : « Je vois que tu es en train de faire pipi », « Tu as l’air soulagé-e » (si c’est le cas évidemment), ou « Je vois que tu pousses, tu es en train de faire caca » ou toute autre parole qui accompagnera le bébé ou bambin. Bien sûr l’interaction change en fonction de notre habitude à communiquer ou non. La communication s’affine de jour en jour, et de semaine en semaine. La parole ne sera pas forcément nécessaire, surtout une fois la communication bien établie.

– Après : « Je vois que tu es mouillé-e, tu as fait pipi, je vais te mettre au sec »

L’HNI consiste donc à ne pas nier les besoins d’élimination des bébés/bambins, à les prendre en compte en observant, verbalisant, et agissant pour leur permettre de se soulager ailleurs que sur eux.

Avec ou sans couches ?

Qu’on utilise des couches (lavables de préférence), des langes ou qu’on ne se serve d’aucune protection, on peut « pratiquer l’HNI ». Le fait est que, plus nous utilisons de protections moins il est facile d’observer (mais rien n’est impossible !). En effet nous pourrons très facilement sentir qu’un lange se mouille à chaque pipi, un peu moins avec une couche lavable sans protection et encore moins avec une « toute en un ». Mieux vaut faciliter l’observation. Toutefois, mettre un lange ou une petite couche lavable sans protection peut être rassurant, au moins pour commencer, et peut permettre de rester détendu-e. En effet certains parents ayant l’idée qu’il faut attraper tous ces pipis pourront être contre-productifs et stressants pour tou-te-s. Un pipi dans un lange n’est pas un raté, mais une occasion pour l’enfant de sentir et au parent de communiquer a posteriori.

En revanche, je suggère d’éviter les couches jetables, car, en plus d’être peu écologiques, elles enlèvent la sensation mouillée que peut avoir l’enfant et qu’il est nécessaire qu’il sente pour faire le lien entre la gêne ressentie et le moment où il urine. Un couple de parents témoigne de leur satisfaction le jour où ils se sont autorisés à proposer le pot à leur petite fille de 8 mois lorsqu’ils la voyaient pousser (c’est à dire quasiment à chaque fois). N’ayant jamais appris qu’on pouvait le faire ils n’osaient pas. En effet, en France, le pot n’est souvent proposé qu’à partir de 18 mois, voire bien plus tard, alors que nombre de sociétés dites traditionnelles sont à l’écoute des besoins d’élimination de leur enfant. Ce couple a constaté à quel point c’était satisfaisant pour leur fille et beaucoup moins difficile pour elle que de faire assise, enfermée dans une couche ! Depuis, ils signent « pipi » et « caca ». En très peu de temps, elle a compris qu’elle pouvait demander de l’aide pour les selles et signe également. Ils observent désormais leur fille pour repérer son attitude avant d’uriner et établir la communication avec elle.

Observer, écouter, communiquer

Communiquer avec son bébé dès le plus jeune âge lui permet de garder conscience de ce besoin, et de continuer à l’exprimer. La plupart des bébés arrêtent de communiquer ou affaiblissent leurs signaux parce que nous ne prêtons pas attention à ce genre de besoins et que nous ne leur y apportons pas de réponse. Il s’agit du même genre de processus que lorsqu’on laisse pleurer un bébé et qu’il finit par se taire… la détresse en moins. Ce mode de fonctionnement implique (et explique) que nous devions par la suite leur « apprendre la propreté ». Encore une preuve que l’éducation (à la propreté ici) vient répondre à un problème que nous avons créé en amont. Les enfants « hnisés » ne deviennent pas propres, ils deviennent simplement autonomes dans la gestion de leurs besoins d’élimination. Cette autonomie s’acquière petit à petit, au rythme de chacun-e, mais la plupart du temps bien avant l’apprentissage de la propreté chez des enfants « non-hnisés ».

Pour commencer, il s’agit d’observer : peut-être remarquera-t-on qu’avant de se soulager, il pousse, il se concentre, il fait de grands yeux, il s’agite voire grogne, il bouge ses jambes ou il s’immobilise et s’écoute. Peut-être que cela se passera à des moments particuliers : au réveil ou pendant la tétée. N’avez-vous jamais remarqué que votre bébé s’arrête parfois de téter avec l’air concentré, puis reprend quelques instants après ? Il est fort probable qu’il se soit accordé une « pause pipi ». Parfois on ne peut pas expliquer pourquoi nous proposons à nos bébés, nous suivons nos intuitions. Beaucoup de femmes en témoignent. Peut-être sont-elles liées au timing, parce que ça fait « longtemps », ou peut-être est-ce lié à toute autre chose. La proximité et notamment le portage intensif permettent de sentir ses mouvements ou encore la chaleur annonciatrice dont de nombreuses femmes témoignent.

Lorsque l’on prend conscience de tout cela, on aura probablement envie de proposer à son enfant de faire ailleurs que sur lui (et sur nous par la même occasion). On pourra alors lui mettre un pot sous les fesses, ou encore l’emmener aux toilettes ou au-dessus du lavabo. En le mettant toujours dans la même position, en émettant des sons toujours similaires dissociant urine et selles, ou encore en signant avec les mains, on renforcera cette communication et on offrira alors à l’enfant des outils plus clairs pour s’exprimer.

Retenir ou relâcher ?

Bien qu’on entende souvent dire qu’un enfant ne peut-être propre qu’à partir de 18 mois, lorsqu’il est capable de monter et descendre les escaliers et donc de se « retenir », on peut envisager l’HNI autrement que par la rétention, mais par le relâchement. Le bébé à conscience de ses besoins d’élimination. Il expérimente très rapidement son ressenti intérieur et l’associe à la chaleur et au mouillé qui coule entre ses jambes. Il est capable de montrer son inconfort ou ses sensations particulières. Dès lors nous avons la possibilité de lui offrir l’opportunité de ne pas faire sur lui entre le temps où il sent et le temps où il fait.

Il est également possible de proposer « par anticipation ». En effet nombre de parents s’amusent (ou s’agacent) du fait que leur bébé urine dès lors qu’ils ouvrent la couche pour le change. Changerions-nous nos enfants toujours au bon moment ou sont-ils capables de relâchement dès lors qu’ils le souhaitent ?

Je suis convaincue, car je l’ai expérimenté, que nos enfants peuvent ouvrir leurs sphincters lorsqu’ils sont dans une position confortable et aidante et qui plus est lorsque cela leur permet de rester propres. D’où l’intérêt d’adopter une position qui lui convient pour le lui permettre.

La clef de l’HNI est donc le relâché ! (et non la rétention). Si les bébés ne peuvent pas se retenir, ils peuvent communiquer leurs sensations, et ils peuvent se relâcher, voire différer le relâchement. D’ailleurs, la capacité de se relâcher est parfois salvatrice alors que la rétention pourrait être néfaste. Combien de parents sont aujourd’hui confrontés aux difficultés de leur enfant à aller déféquer ? Si de nombreuses causes peuvent être impliquées dans ces problèmes, ils peuvent parfois aussi être attribués, selon moi, à la négation de leurs besoins d’élimination pendant plusieurs années, puis à l’exigence d’un « devenir propre » à un âge donné. Nos enfants doivent tout réapprendre : reprendre conscience de leur sensation avant le « dernier moment », réexpérimenter le relâché très utile avant un voyage en voiture ou dans le train. Vous savez ce « pipi caché », celui qu’on ne sent pas, mais qui vient lorsqu’on va aux toilettes ?

Flux Libre Instinctif

Certains parents en arrivent à pratiquer l’HNI, car ils ne souhaitent pas mettre de couches à leurs enfants pour ne pas les mettre en contact avec des produits chimiques néfastes ou encore parce qu’ils ne peuvent concevoir qu’on génère autant de déchets par enfants. Ces mêmes parents rencontrent peut-être des problèmes avec les couches lavables qui irritent les fesses de leur bébé à cause de l’humidité et du frottement. De la même manière, certaines femmes arrivent au flux instinctif, car elles ne souhaitent pas porter de serviettes hygiéniques jetables ni de tampons, que les serviettes lavables ne leur conviennent pas non plus et que les cups les dérangent pour quelques raisons que ce soit.

Lorsqu’on arrête de mettre des protections pendant nos menstruations, nous redécouvrons notre corps et une partie de son fonctionnement et nous reprenons la responsabilité de la « gestion » de notre flux. Comme pour les bébés en HNI, il s’agit de (re)prendre conscience de son flot menstruel, d’écouter son corps, et de récupérer ses facultés à le « gérer ». Il s’agit d’une forme de communication, à soi-même. Nous constatons alors que le flux menstruel n’est pas continu. Nous constatons que nous sommes capables de le sentir avant qu’il ne coule entre nos jambes bien que la manière dont on est capable de le sentir reste un mystère. On peut supposer que c’est à minima, lors du passage du sang par le col de l’utérus que nous savons qu’il est temps d’aller « saigner ». Mais peu importe, il suffit de commencer pour constater tout cela et le (ré)apprentissage est très rapide. Toutes les femmes que j’ai connues et qui ont essayé en témoignent.

Comme les bébés, il semble que nous ne puissions pas retenir notre sang, pour autant nous pouvons le sentir arriver et aller nous soulager. Comme les bébés, nous sommes également capables d’anticiper ce moment en allant « saigner » même sans en ressentir le besoin. Si nous allons aux toilettes, que nous nous détendons, et que nous laissons venir, alors un flot coulera (sauf si ce flot vient d’être expulsé quelques instants avant sur une serviette, dans un tampon ou une cup). Essayez, vous verrez ! Rien de plus simple.

Tout comme pour les bébés, le flux instinctif peut se pratiquer avec des serviettes hygiéniques, plutôt lavables bien sûr, non seulement pour raisons écologiques, mais également parce que le fait de sentir un tissu n’est souvent pas associé au fait que nous ayons une protection. Sans protections, nous serions plus à même de nous reconnecter à nos sensations. Pour autant, je crois que porter une simple lingette, en plus de coûter moins cher que les serviettes hygiéniques lavables, permet de se sentir rassurée en cas de « raté » et ainsi de continuer à avoir une vie active pendant ces moments (si toutefois nous étions inquiètes). En effet, il est tout à fait possible de mener une journée intense au travail ou ailleurs, de prendre le train, de suivre des conférences ou d’aller en réunion. Pour autant, on peut se demander s’il ne serait pas bon de prendre le temps et de s’accorder (et/ou que la société nous accorde) de prendre le temps dans cette période spécifique. Si certaines restent pleines d’énergie, d’autres ont besoin d’une pause. Écoutons-nous !

Mélissa Plavis

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