« De l’école au unschooling » in Grandir Autrement Hors-série n°12 Do It Yourself du maternage, décembre 2018

Alors que nous vivons avec nos enfants depuis leur naissance et qu’ils grandissent tout naturellement, nous avons coutume de penser qu’à partir de 3 ans (ou 6 ans), il leur est nécessaire de se rendre dans un lieu, l’école, où ils pourront apprendre tout ce qui leur est nécessaire pour devenir des adultes épanouis en société. La majorité d’entre nous, en France, estime que l’école est nécessaire puisque toutes les connaissances et compétences utiles doivent être enseignées et que l’école est le lieu d’apprentissage par excellence. Le concept même d’école dépossède les enfants et les parents de leur autonomie, de leur capacité à apprendre par eux-mêmes, avec les autres et dans le monde. Alors que l’apprendre est naturel, physiologique et nécessaire, que tout être vivant apprend en vivant et vit en apprenant, nous sommes empêchés, notamment, par l’enseignement imposé. Est-il possible aujourd’hui de faire des apprentissages DIY ?

De nombreuses expressions françaises montrent comment nous considérons et pensons les comportements des enfants et à quel point ceux les nôtre, en tant qu’adultes, sont différents lorsqu’on estime qu’une personne nous est inférieure : « il m’a parlé comme à un gamin », « infantiliser quelqu’un », « comportement puéril ». Les connotations associées à l’imaginaire de l’enfance sont souvent négatives. Une différence entre adulte et enfant est supposée a priori en dehors de la différence physiologique. Par exemple nous considérons les apprentissages autonomes et autogérés possibles, voire efficaces, lorsqu’il est question d’adultes, mais nous avons beaucoup de mal à l’envisager pour les enfants. De même lorsqu’il s’agit de savoir ce qui est bon pour soi : les adultes savent pour eux-mêmes, mais pas les enfants. Cette hiérarchie se retrouve parfois par ailleurs entre adultes : entre homme/femme, riche/pauvre, blanc/noir, etc. Ces croyances, erronées selon moi, sont les causes de nos comportements.

Le problème de la pédagogie

La pédagogie cherche les meilleurs moyens possible pour inculquer aux enfants ce que nous souhaitons qu’ils apprennent, peu importe qu’elle soit pratiquée par l’école traditionnelle ou alternative1, ou par les parents. Lorsque nous imposons cela à nos enfants, ils apprennent informellement que certains savent et dirigent et que les autres obéissent et se laissent guider. Dès lors qu’on décide de ne plus prendre la responsabilité de l’instruction d’un enfant, on lui laisse la possibilité de s’en emparer et de devenir autonome en ne l’en empêchant pas. Cela ne signifie pas qu’aucun échange n’a lieu entre parent et enfant : il existe une interinfluence et une interdépendance nécessaire. Si, en tant qu’animal social, on ne peut pas sortir de l’interdépendance, on peut travailler à la rendre juste pour vivre ensemble, mais par soi-même, sans domination : se conduire plutôt qu’être conduit. Cela signifie simplement que les enfants sont acteurs et auteurs de leur vie, que les activités qu’ils mettent en place par intérêts ou qu’ils vivent par nécessité, que les rencontres qu’elles engendreront, seront ce qui font d’eux ce qu’ils sont et deviennent par apprentissage perpétuel, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment. Toute pédagogie, qu’elle soit traditionnelle ou alternative, affecte, en un sens, les apprentissages. L’enseignement, s’il n’est pas sollicité, empêche les apprentissages. Le contenu de l’enseignement s’efface au profit de la forme. En effet les apprentissages informels étant inévitables, dans un contexte d’enseignement formel non sollicité, l’obéissance, l’idée que quelqu’un d’autre sait mieux que moi ce qui est bon pour moi (hétéronomie), la peur, le manque, la compétition, etc. sont appris. À l’opposé, les apprentissages autogérés, c’est-à-dire les apprentissages choisis par l’apprenant (enfant ou adulte) permettent l’autonomie, qu’ils soient formels ou informels.

Pouvoir : transfert et changement de nature

L’école n’est pas obligatoire, seulement l’instruction l’est de 6 à 16 ans. Tous les parents peuvent donc faire le choix d’instruire eux-mêmes leurs enfants, et de faire l’école à la maison. Tous les parents peuvent également décider de ne pas diriger les enfants et de les laisser libres de vivre leur vie, et donc libre de leurs apprentissages. D’une instruction dirigé par autrui -l’État, l’école, l’instituteur, le professeur-, les parents peuvent reprendre leur droit et proposer une instruction DIY à leurs enfants. Réacquérir ce pouvoir d’agir est une force. Pour autant n’est-ce pas en contradiction avec le fait que cette réacquisition, si elle est associée à un report des habitudes scolaires à la maison, ne reconduit pas la domination par transfert de l’institution aux parents ? l’enfant reste en position passive en subissant malgré lui un enseignement imposé, un programme et un emploi du temps.

Les parents peuvent décider de renoncer au pouvoir qu’ils ont sur leurs enfants, ou au moins tâcher d’y renoncer. Certains automatismes sont puissants, l’éducation à l’éducation fonctionne à merveille. Les parents qui ont fait ce choix cherchent à ne pas empêcher leurs enfants de vivre leur vie par eux-mêmes : du DIY des parents, on passe au DIY des enfants. Quoi de plus capacitant ? Les parents peuvent choisir de récupérer leur pouvoir d’agir en s’extirpant du pouvoir que l’école pourrait avoir sur eux et leurs enfants. Une fois ce pas fait, s’ils souhaitent aller plus loin, ils peuvent en tant que dominant cette fois, renoncer au pouvoir qu’ils ont sur leurs enfants en n’empêchant par leur autonomie, c’est-à-dire leur liberté de faire par eux-mêmes, d’apprendre par eux-mêmes, à leur rythme, selon leurs intérêts. La difficulté tient au fait que la loi ne facilite ce changement de positionnement. Le socle commun de connaissances et de compétences, que chaque enfant se doit (normalement) de maîtriser à 16 ans est enfermant : il a été déterminé arbitrairement par certains pour d’autres et les parents ont la responsabilité légale d’offrir une instruction à leurs enfants leur permettant d’acquérir ces connaissances et compétences, peut-être au détriment de d’autres. Les enfants ont donc une sorte de droit obligatoire à s’instruire. Cette obligation légale de domination influence la relation parent-enfant même lorsque les parents veulent renoncer à leur pouvoir sur. Peu d’entre eux arrivent à s’y soustraire complètement.

Le unschooling

Le unschooling est donc plus qu’un mode d’instruction, il est un mode d’être. Le unschooling est une entrée possible, du point de vue des apprentissages, dans une philosophie de non-domination, soit une philosophie écologique. Le unschooling est une attitude qui vise à récupérer son pouvoir d’agir et à renoncer à son pouvoir sur les autres. Il s’agit de tenter de sortir de la domination à la fois du point de vue du dominé et à la fois de celui du dominant. Certains enfants, qui sont la plupart du temps les dominés du plus bas de l’échelle, savent très bien nous montrer l’injustice voire l’injustesse de nos comportements. Leur lutte en est parfois le signe. Écoutons-les ! Tâchons de ne pas empêcher leur vie « Done by themselves ».

Mélissa Plavis

1 – écoles du troisième type et écoles démocratiques exceptées.

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