« Connaître et vivre sa fertilité en post-partum » in Grandir Autrement Hors-série n°12 Do It Yourself du maternage, décembre 2018

Choisir d’allaiter ou de ne pas allaiter a un effet considérable sur le retour de la fertilité après l’accouchement. En effet, les cycles menstruels reviennent rapidement si la mère n’allaite pas. Une ovulation peut se produire dans les quatre premières semaines suivant l’accouchement et 50 % des femmes ont leur retour de couche dans les six premières. En revanche, plus la mère va allaiter son enfant et plus le retour de couche sera retardé : de plusieurs mois à quelques années. La prolactine, une hormone de l’allaitement en est la cause.

Si certains a priori laissent penser que la dyade mère-enfant des premiers temps annihile la libido ou la diminue drastiquement, bon nombre de femmes reprennent pourtant une activité sexuelle dans les huit semaines après l’accouchement. Lorsque l’on souhaite espacer les naissances, voire ne plus avoir d’enfant, comprendre notre (in)fertilité spécifique à ce moment de la vie et envisager une contraception est donc nécessaire. Existe-t-il une contraception « Do it myself » fiable en post-partum ?

La pilule, une contraception « done by the others»

Si la pilule a permis aux femmes de mieux contrôler leur fertilité et de s’en sentir maîtresses, il ne s’agit en fait que d’un transfert de dépendance. En effet, pour que la pilule soit prescrite, les femmes doivent se soumettre à un examen médical chez un gynécologue ou une sage-femme, elles dépendent ensuite des laboratoires pharmaceutiques qui la fabriquent et des pharmacies qui la vendent, et ce sans compter les nombreux effets indésirables sur la santé et la pollution qu’elle génère. On peut finalement relativiser l’idée qui nous pousse à penser que la pilule libère et qu’elle permet d’être actrice de sa contraception.

La grossesse est parfois le déclencheur d’une prise de conscience. Si la pilule microdosée est compatible avec l’allaitement, certaines femmes ne souhaitent pas les prendre ou souhaitent se réapproprier leur corps différemment. Je vous propose ici d’envisager deux contraceptions naturelles et efficaces. L’une spécifique au post-partum pour les femmes souhaitant allaiter au moins six mois : la Méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée de la lactation en post-partum dite MAMA, l’autre est une méthode de planification naturelle des naissances qui s’utilise en temps normal autant pour la contraception que lorsqu’on désire un enfant. Je pense notamment à la méthode Sensiplan1. Il s’agit d’une méthode d’observation des différents indices corporels auxquels on applique des règles précises étudiées scientifiquement3. L’utilisation de cette méthode en post-partum, avant le retour de couche, est possible. Des règles spécifiques permettent de déterminer à l’avance la première ovulation.

La MAMA

La Méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée de la lactation consiste à observer seulement le type d’allaitement et les saignements. L’allaitement exclusif, où le nourrisson ne boit que le lait de sa mère et strictement rien d’autre, et celui dit « presque exclusif », où l’enfant ne boit que le lait de sa mère, mais prend parfois des vitamines, des minéraux, un peu d’eau ou du jus, vont retarder le retour de couches – soit le retour des règles – et donc nécessairement le retour de l’ovulation – soit la fertilité. Cette méthode est fiable à hauteur de 2 % de risque de grossesse seulement si les critères suivants sont strictement respectés :

– pas de saignement après 8 semaines (56 journées)

– allaitement exclusivement ou presque exclusivement (aucun complément depuis la naissance) à la demande ou aux signes d’éveil.

– intervalle entre deux tétées de 4 heures maximum la journée et de 6 heures la nuit.

– bébé a moins de 6 mois.

Il suffit qu’on déroge à une seule de ces règles pour considérer que la méthode MAMA n’est plus applicable.

Il existe d’autres méthodes de contraception naturelle utilisable et efficace en post-partum. Elles nécessitent un apprentissage et consistent en l’observation de différents indices : glaire cervicale ou col de l’utérus, température basale, ainsi qu’en l’application de différentes règles.

Déterminer la première ovulation avec la méthode Sensiplan

La première ovulation arrive non pas après le retour de couche mais environ deux semaines avant, ce qui est d’autant plus vrai qu’il est tardif. L’absence de règles ne garantit donc pas l’infertilité. La difficulté consiste à anticiper et déterminer l’arrivée de la première ovulation. Grâce aux méthodes symptothermiques et notamment aux méthodes à double contrôle comme Sensiplan, il est possible, par l’observation d’indices corporels, la notation de ces dernières, ainsi que l’application de règles précises, de déterminer des phases considérées comme fertiles et anticiper la première ovulation et le retour de couche qui s’ensuit. S’il n’est pas simple de commencer son apprentissage en post-partum, cela reste possible.

Avec la méthode Sensiplan, sans allaiter son enfant, on doit se considérer comme fertile à partir du jour 22 après la naissance soit dès le premier jour de la 4ème semaine. Lorsqu’on allaite exclusivement, on doit se considérer comme fertile le premier jour de la 11ème semaine. Les 10 premières semaines sont donc considérées comme infertiles à moins qu’il y ait eu un saignement au-delà de 8 semaines. Le risque de grossesse est inférieur à 1 %. Pendant ce temps, même si on est infertile, il est nécessaire d’observer glaires cervicales ou col de l’utérus dès la fin des lochies (saignements d’après accouchements) et prendre sa température dès la 10ème semaine. Les variations de la qualité de la glaire indiquent les montées hormonales pouvant déclencher l’ovulation : de l’absence de glaire, en passant par une glaire blanchâtre ou collante jusqu’à une glaire transparente, filante ou élastique. Chaque femme peut avoir un profil de glaire différent à la base. Certaines n’observent pas de glaire du tout alors que d’autres auront une glaire blanchâtre. En principe un changement évident de type de glaire précède la première hausse de température qui indique la première ovulation et l’arrivée des règles.

Les méthodes de contraception naturelle, MAMA à part, demandent un temps d’apprentissage, notamment d’observation et de reconnexion à soi, mais également de règles d’applications assurant leur fiabilité. Si elles peuvent être considérées comme contraignantes, elles ne le sont pas nécessairement plus que d’autres types de méthodes si on prend en compte les choses dans leur globalité : fabrication, prescription, vente, déchets, etc. En regard de l’empowerment4 qu’elles procurent et de leur caractère écologique, le choix se fait parfois sans difficulté. Do it yourself !

Mélissa Plavis

1 – www.sensiplan.be

2 – Pour comparaison, l’indice de Pearl c’est-à-dire le nombre de grossesses non désirées sur cent femmes en une année est, pour la pilule combinée (œstrogène + progestérone), de 0,3 en théorie à 8 en pratique et de 2 à 15 pour le préservatif masculin (selon l’organisme indépendant FARMAKA).

3 – http://blog.pfn.be/sensiplan/docscientif.php

4 – capacitation

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