« Qu’est-ce qu’un couple? » in Grandir Autrement n°77 Couple, juillet 2019

Si le couple est souvent associé au mariage, il semble en y réfléchissant qu’il est difficile de trouver des critères objectifs, extérieur au couple lui-même, pour le définir. En effet, il pourrait exister autant de définitions du couple que de couples. Certains s’aiment d’amour et d’autres d’amitié, certains éprouvent une tendresse mutuelle sans ressentir le besoin d’avoir de relations sexuelles, d’autres ne pourraient concevoir leur couple sans. Certains vivent sous le même toit et d’autres chacun chez eux. Certains ont un projet de vie commune, d’autres non. Certains ont des enfants ou projettent d’en avoir et d’autres préfèrent rester sans enfants. Certains sont hétérosexuels d’autres homosexuels. Certains couples sont éphémères ou temporaires et d’autres durent plus ou moins longtemps, voire « jusqu’à ce que la mort les sépare ». Certains ont passé un contrat moral d’exclusivité, d’autres vivent le polyamour et se considèrent en couple avec plusieurs personnes en même temps (ou avec personne). En bref, se demande-t-on, mais qu’est-ce qu’un couple ?

De nos jours et dans notre société, le couple existe de fait sans être institué, voire institutionnalisé, religieusement, civilement ou administrativement. Le couple dépasse en effet largement le mariage ou même le PACS. Il dépasse également tout un tas de critères comme ceux énumérés ci-dessus. Nous pourrions toujours trouver des contre-exemples qui infirment toute tentative de généralisation.

Dans l’histoire, le couple scellait plutôt deux familles, alors qu’aujourd’hui il unit plutôt deux individus. Un couple pourrait-il être l’association de deux personnes se reconnaissant en couple ? Cela impliquerait simplement la reconnaissance de chacune des parties à la relation qu’elles construisent ensemble, d’une manière ou d’une autre : avec ou sans but précis et/ou conscient, par amour, par amitié, ou encore par intérêt qu’il soit moral, émotionnel ou pratique.

Et si le terme de « couple » ne pouvait alors signifier que « duo » dont chacune des parties serait singulière, comment ce(s) duo(s) seraient-ils pensés ? Seraient-ce deux moitiés qui se rencontrent et s’unissent pour enfin être et/ou se sentir complètes ? Seraient-ce au contraire deux êtres entiers qui s’attirent, aiment être ensemble ou simplement partager des moments en commun ? Seraient-ce deux personnes construisant une relation particulière ?

Sexualité, amour et amitié

Biologiquement, il semblerait que le rapprochement d’un homme et une femme aboutissant à une relation sexuelle puisse permettre la reproduction. Pourtant, la sexualité dans le couple ou en dehors du couple n’a pas nécessairement cette vocation : plaisir mutuel, partage, communication, union, sont autant d’idées associées à la sexualité qui n’a d’ailleurs pas lieu uniquement au sein de couples. Penser la sexualité en dehors du couple pourrait-il permettre de mieux apercevoir ce que serait un couple ? Deux ou plusieurs personnes peuvent avoir des relations sexuelles sans se considérer en couple et en étant pour autant, évidemment, consentantes. Les « sex friends », ou « copains de couette » comme j’ai entendu récemment, ne se considèrent par exemple pas en couple, me semble-t-il. Pourquoi cela ? Peut-être parce qu’ils ne vivent pas ensemble ou n’ont pas de projets de vie commune ? Parce qu’ils sont seulement ami.e.s et non amoureux ? Quelle serait alors la limite entre amitié et amour si la sexualité n’est même pas une délimitation entre ces derniers? Mais l’amour est-il lui-même un critère pertinent pour le couple ? N’existe-t-il pas des couples où l’amour s’est estompé, voire éteint, mais qui font le choix de rester ensemble ?

Si donc la sexualité n’est pas exclusivement liée au couple, ni un ou le seul moyen de témoigner son amour, il n’en reste pas moins que, socialement, elle a une place réellement importante dans le couple. J’ai l’idée qu’il existe même une forme d’injonction à avoir une sexualité, voire une sexualité épanouie dans son couple. Ce serait d’ailleurs pour certain.e.s, la (une?) recette du bonheur dans le couple. Pourtant, certaines personnes ne souhaitent pas avoir de relations sexuelles, n’en ressentent pas le besoin et sont pourtant amoureuses et/ou heureuses d’être ou de vivre en couple. Qu’il y ait couple ou pas, l’asexualité ne me semble que très peu reconnue. Et si la sexualité (active) est un critère pour certain.e.s, le type de sexualité n’est pas non plus un indicateur dans la mesure où un couple peut être hétérosexuel aussi bien qu’homosexuel. En fin de compte, ni la sexualité, ni son type, ni même l’amour ne peuvent être des critères normatifs qui pourraient définir le couple ni à elles seules et encore moins en soi. Pourtant la société nous offre la plupart du temps l’image du couple comme amoureux et sexuel.

Couple conjugal et couple parental

L’image de la vie maritale nous invite à penser le couple comme deux personnes vivant sous le même toit. Et pourtant, de nombreux couples vivent « chacun chez soi » et se reconnaissent pourtant comme étant un couple. Certains vivront peut-être ensemble plus tard, certains ont parfois vécu ensemble par le passé. Il existe nombre de raisons pour choisir de ne pas vivre ensemble : ne pas s’y sentir près, choisir un autre mode de vie, vouloir tenter une expérience, aimer être seul maître à bord de son chez soi, etc. Il existe également nombre de raisons pour vouloir vivre ensemble. Un couple peut, à un moment de son histoire, très tôt, ou très tard, vouloir avoir un bébé, puis grandir ensemble avec un ou plusieurs enfants. Cela peut faire partie des raisons qui poussent un couple à vivre sous le même toit, mais pas nécessairement, certaines personnes choisissent d’avoir des enfants en vivant séparément, certains choisissent même d’avoir des enfants sans être nécessairement en couple. Pour autant, ils deviennent un couple parental ou plus largement des coparents.

Quoi qu’il en soit, un couple peut donc avoir différentes facettes. Par exemple lorsqu’un enfant s’invite, le couple devient alors une famille dite nucléaire, et le couple conjugal devient aussi un couple parental, c’est-à-dire un duo qui va accompagner l’enfant grandissant de la naissance jusqu’à, à minima, leur autonomie. Et s’il est possible de combiner les facettes conjugale et parentale, parfois le couple conjugal se sépare tout en restant (seulement) un couple parental, au sens où, de fait, il reste un duo accompagnant « leur » enfant, malgré la rupture. La rupture implique souvent une décohabitation si cohabitation il y avait, mais pas nécessairement. Parfois c’est l’amour qui se transforme en haine, mais aussi parfois en amitié ou en tendresse. Certains couples parentaux cohabitent malgré leur désunion conjugale. Les relations sexuelles peuvent même parfois perdurer ou pas. La rupture d’un couple, sa séparation, n’est actée que parce qu’au moins une des parties ne se reconnaît plus comme faisant partie d’un couple. Là encore, les critères sont souvent personnels.

Et quand le modèle du couple exclusif ne convient pas/plus ?

Pour certaines personnes le modèle social du couple monogame, c’est-à-dire du « duo », ne convient pas. Certain.e.s n’osent l’avouer et pratique l’adultère : elle trompe leur compagne ou leur compagnon comme nous disons dans le langage commun. Dans ce type de cas, il s’agira donc d’avoir d’autres relations, qu’elles soient sexuelles et/ou amoureuses, éphémères ou au long court, mais en le cachant à son ou sa partenaire. D’autres décident d’assumer leurs envies, désirs ou besoins d’aimer et/ou d’avoir des relations sexuelles avec plusieurs partenaires, voire d’être en couple avec plusieurs personnes en même temps, et ce, en toute transparence. Il ne s’agit pas dans ce cas de libertinage qui ne concerne a priori que la sexualité en dehors du couple reconnu en tant que tel, mais plutôt de polyamour, ou comme certain.e.s préfèrent le nommer de polyamorie.

Ce type d’ouverture a plusieurs relations, que ces relations aboutissent à la formation de plusieurs couples (relation en V) ou de trouples (trois personnes en relation les unes avec les autres) ou encore au refus d’être enfermé ou circonscris dans quelques couples que ce soit (anarchie relationnelle) peuvent, ou pas, amener à construire une polyfamille ou famille polyamoureuse/en polyamour, et pourquoi pas se confronter à une forme de pluriparentalité (qui peut également exister par choix dans les familles monogames recomposées).

Violences conjugales ?

Parfois, et plus souvent qu’on n’ose le penser je crois, la violence s’invite au sein du couple. Les violences conjugales, comme les violences éducatives, pourraient être pensées en tant qu’elles sont extraordinaires ou ordinaires. En effet, beaucoup de violence dans le couple sont banalisées et n’apparaissent plus en tant que telles. Pourtant elles font également beaucoup de dégâts. Pourquoi certaines personnes restent en couple alors que la violence y règne ? Tellement de raisons pourraient l’expliquer (sans le justifier): la peur, le besoin matériel, les enfants, le fait que, lorsqu’on a été violenté enfant, il est parfois moins difficile de continuer à vivre la violence, parce que cela reste mois compliqué que d’imaginer le fait que d’autres types de relations soient possibles, etc. Brisons le silence.

Pour conclure, il semble que, si la société nous offre une image normée du couple et encore plus du couple parfait, s’il existe du coup une forme de norme floue de ce qu’un couple serait ou devrait être, l’existence même d’une diversité de couples montre comment il est possible de sortir de tous les clichés en construisant la vie que l’on souhaite pour soi-même d’abord et avec l’autre ou les autres aussi bien sûr. Peut-être également que si on ne se sent pas bien dans son/ses couples, il est temps de changer notre façon de fonctionner. Parfois il suffit de dire non à ce qui ne nous convient pas, et parfois il s’agira plutôt de faire des propositions pour faire évoluer notre couple de la manière qui nous convient.

La réalité de la diversité des couples nous invite également, je l’espère et le souhaite, à plus de tolérance et d’ouverture d’esprit pour autrui, mais également pour soi-même. Soyons indulgents avec nous-mêmes, il se pourrait bien, bien que nous soyons persuadé.e.s ne pas coller à la norme, que nous le soyons parfaitement de par notre singularité ! Tâcher de coller à la norme coïnciderait alors avec le fait d’« être et vivre notre singularité », et du coup d’être en couple (ou pas) à notre manière, avec le consentement de la personne avec qui une relation de couple se construit. Un couple est un duo se reconnaissant comme tel et construisant leur vie en prenant en compte l’autre tel qu’il est dans son entier et parfois en partie.

Mélissa Plavis

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